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 {{ One's never better than two {feat Chen ♥}

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MessageSujet: {{ One's never better than two {feat Chen ♥}   Mar 19 Fév - 23:16

INFORMATIONS SUR LE SUJET


Date : veille du bal
Intrigue en cours : rien
Protagonistes : Chen O'Connor et Savannah Dawkins
Statut du sujet : Ship -18 privé et c'est tout /sbaf/
Intervention du MJ : Non merciii


« You'll always smile upon me when the season's bad
You'll always make me feel best even when I'm blue
You'll always smile upon me and I'll smile upon you too »


Elle s'était isolée. Voilà comme Savannah avait appris à tolérer la douleur qui s'était installée après la fameuse nuit qui avait couté la vie de beaucoup trop de gens à son goût. Certains qu'elle connaissait plutôt pas mal, d'autres moins, mais en tous les cas, des victimes qui n'avaient aucune raison de voir leur vie se finir si abruptement. Parce que personne ne méritait de mourir de la sorte. Personne ne méritait de ne pas avoir l'occasion de dire au revoir à ses proches avant de partir. Personne n'avait à avoir pour dernière vision du monde des dents acérées déjà dégoulinantes de sang. Même à sa pire ennemie -Julia Cruz, qui avait un don à la faire pâlir pour la pâtisserie-, elle n'aurait pas souhaité une telle fin. Et c'était comme si elle connaissait tous ceux qui n'étaient plus là, comme s'ils laissaient un trou béant derrière eux. Elle revoyait continuellement la vie quitter leurs yeux alors qu'ils étaient effondrés sur des lits qu'elle avait préparé minutieusement et avec amour quelques heures plus tôt, avant de quitter l'infirmer pour rejoindre l'île commerçante. La nuit, elle l'avait passée isolée, aux d'un petit groupe qui l'avait fait tenir, et plus particulièrement aux côtés d'un serveur qui lui avait entre autres servi, le pauvre, d'oreiller. Mais à ce moment-là, elle croyait que deux bêtes seulement se promenaient alentours. Et qu'elles avaient été maitrisées, rapidement. Rien n'était venu troubler la forteresse qu'ils avaient pourtant préparée chez Gerry. C'est que c'était fini, non ? Que la peur était morte dans son œuf ? Non. Cétait surtout que les scènes les plus meurtrières se déroulaient loin d'ici. C'était que l'infirmerie croulait sous les blessés, et qu'elle n'était pas là. C'était que pendant qu'elle s'en voulait d'avoir tutoyé Iordan, des étudiants s'étaient éteints sans penser mériter son aide. C'était simplement qu'elle avait failli à la plus belle et la plus lourde mission que le destin lui avait jamais confiée : celle de veiller à la santé de tous ces étudiants et de l'équipe qui les encadrait.

Deux mois n'avaient pas été suffisants pour qu'elle puisse s'en remettre. Elle avait voulu percevoir le camp de Colorado Springs comme une occasion de rattraper sa conduite et de faire table rase de ses regrets. Mais en réalité, c'était beaucoup moins simple. Elle ne pourrait jamais changé ce qui s'était passé, elle ne pourrait jamais racheter son absence. Le mal était fait, et même si elle n'était pas carnivore, Savannah ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable. Pleinement coupable. Et cette culpabilité ne s'était évanouie avec le temps qui était passé. Elle n'avait pas voulu revoir sa famille. Elle avait voulu faire face à son chagrin seule, une fois que le camp avait fermé ses portes et que ses habitants éphémères étaient allés retrouver les leurs. Alors elle était restée sur place, s'était installée dans un petit hôtel, et profitait des journées comme elle le pouvait, malgré ces pensées parasites dont elle ne savait plus quoi faire. De longues heures en terrasse du même café, avec des livres, des croquis, mais surtout... un environnement moldu. Qui lui avait d'abord fait mal par son ignorance au sujet de la nuit qui avait ébranlé le monde sorcier dans son entier, mais qui, exactement pour les mêmes raisons, l'avait finalement replongée dans un monde plus simple, plus naïf et plus doux. Ses vingt-huit ans, elle les avait manqués. C'était le soir, en ouvrant le paquet qu'Emy lui avait déposé dans sa petit chambre, qu'elle s'était souvenue qu'une nouvelle année venait de lui tomber dessus, et que seuls ses parents avaient réussi à la joindre. Vingt-huit ans... Vingt-huit ans et un échec écrasant de plus. Un autre défi que lui balançait la vie en pleine tronche : celui de passer à travers sa douleur, ou de sombrer dans un océan sans fond avec sa culpabilité solidement attachée au pied.

Elle était revenue Nameless hésitante, craignant d'avance les regards meurtris de ceux qui avaient fait de l'année précédente la plus belle qu'elle ait été donnée de vivre jusque là. Fedor avait sans doute été le plus atteint et Savannah, coupable comme jamais de ne pas avoir été là dès les arrivées des premières victimes, n'avait pas osé s'aventurer dans des paroles rassurantes. A chaque fois qu'elle le croisait, elle n'avait qu'une envie, c'était de se blottir contre lui, de l'entourer de ses bras et de lui dire que tout irait bien. Mais la vérité ? La vérité, c'était qu'elle avait peur. Elle avait peur qu'il ne lui dise la vérité, elle avait peur qu'il ne lui dise qu'elle l'avait laissé tomber, qu'elle n'avait pas assurée la tâche qui lui incombait. Elle avait peur de voir la rage remplacer le chagrin dans le regard de celui qui avait été un de ses plus proches amis. Et inexorablement, cette amitié semblait se décompenser, tomber doucement en poussière. Parce que Savannah était égoïste, parce qu'elle ne pourrait pas supporter qu'il lui dise tout haut ce qu'elle savait déjà à son propre sujet. Et que pouvait-il être de plus douloureux que ce sentiment d'impuissance face au chagrin accablant d'un ami ?

Peut-être cette douleur saisissante qui la rappelait à chaque minute de répit, cette douleur créée par la disparition d'un autre ami. Cette incapacité de pouvoir faire son deuil parce qu'aucun corps n'avait été retrouvé. Cette peine d'avoir vu sa femme se détruire, perdue par la disparition de son époux. Parmi toutes les pertes que l'école avait comptées, c'était sans doute celle qui la touchait de plus près, mais elle n'était pas en droit d'en souffrir. Parce qu'elle n'était pas sa femme, parce qu'elle n'était pas sa fille qu'il ne verrait pas, parce qu'elle ne faisait pas partie de cette famille que sa bienveillance lui avait apportée.

Alors elle continuait d'avancer comme elle le pouvait. Elle se concentrait sur ses conférences, qu'elle souhaitait les plus nombreuses possibles. Elle accordait un temps presque exagéré à chacun des patients qui passait les portes de l'infirmerie ; elle préparait des douceurs par dizaines pour les mettre dans des paniers qu'elle disposait à l'infirmerie ou sur les tables de la grande salle. Elle avait déjà pensé à en déposer un devant chez Fedor, mais la même peur qu'il refuse son aide la hantait. Alors elle se contentait d'en déposer pars loin de son bureau, priant pour qu'il les accepte de lui-même.

Mais plus rien n'était comme avant Malgré tous ses efforts, Savannah ressentait toujours ce vide qui ne présageait rien de bon. Elle n'avait de surcroît presque plus de nouvelles de Iordan, ce qui n'arrangeait pas son état approximatif. Il fallait qu'elle s'active et s'épuise pour ne pas penser à l'avenir, à ce Fedor qui la détruisait malgré lui et à cet ami disparu qu'elle ne reverrait jamais. Le lendemain se dresserait un bal déguisé monumental organisé par la direction de l'école pour marquer le renouveau que représentait cette nouvelle année qui débutait. Son déguisement avait occupé son esprit de longues heures, et ça n'avait pas été pour lui déplaire. Malgré tout, elle y avait passé tellement de temps qu'elle avait fini de préparer son accoutrement en temps et en heure. Et elle n'était pas de garde, pas plus quelle n'avait de conférence à préparer ou à assurer. S'occuper, s'occuper. La jeune femme avait donc décidé de faire un tour, de se promener, de respirer l'air chaud de l'été de septembre. Elle pourrait toujours faire un tour chez Julia pour discuter des thématiques de leurs prochaines conférences, ou simplement pour espionner les nouveautés de la jeune femme. Il y aurait de quoi faire, en somme.

Mais finalement, elle fut bien rapidement à court d'activités. Julia était occupée avec de nombreux clients en mal de sucre, et elle n'avait vraisemblablement pas de nouveauté en rayon depuis la dernière fois qu'elle était passée -à savoir, trois jours avant. Savannah s'était donc contentée de prendre une glace à sa collègue, ayant dans l'idée de la déguster en errant dans les rues pavées commerçantes. Julia fut très généreuse et avec un clin d’œil, ajouta au cornet une boule de vanille supplémentaire. N'ayant que l'occasion de la remercier du regard -une blonde de Maarifa commençant à s'impatienter dans la file derrière elle-, Savannah sortit rapidement de la boutique et commença à savourer le délice d'une glace qu'elle ne pourrait jamais obtenir par ses propres moyens. Marchant avec calme, la voilà qui observait le ciel bleu et les oiseaux qui s'y perdaient ; la rue et les passants qui riaient, parlaient, chuchotaient, mais étaient heureux ; les devantures des boutiques dans lesquelles elle pourrait s'aventurer... Elle passa devant chez Gerry non sans un pincement au cœur, persuadée que Iordan y était. Elle le savait pertinemment. Qu'il était à quelques mètres de là seulement, mais qu'elle ne pousserait pas la porte. Tremblante rien qu'à l'idée de croiser son regard bleu à nouveau, elle croqua dans une boule de glace, le froid s’immisçant dans ses nerfs, lui arrachant une grimace de douleur. Alors elle continua à marcher. Et finit par arriver devant la fontaine de la chance, mystère des superstitieux. Quelques pièces dorées y étaient plongées, laissant le reflet mouvoir au rythme des vaguelettes que formait le vent sur l'eau pourtant calme de l'édifice.

La médicomage posa son sac à terre, à côté de la fontaine, et s'assit sur le rebord pour finir de savourer sa glace. Ne pas penser à ces douleurs qui hantaient son esprit... trop tard. Une glace ne suffirait pas à lui changer les idées. Ce qui le fit en premier lieu ? Et bien, le rebord de la fontaine semblait humide... Ne manquerait donc plus qu'elle ait une magnifique tâche d'eau sur son fessier en se relevant. Savannah pensa immédiatement à la solution qui lui paraissait la plus évidente et s'imaginait déjà repartir dans la soirée, quand plus personne ne pourrait croire qu'elle était incontinente. Fixant quelques minutes le sac à main à ses pieds en cherchant une parade discrète -oubliant donc tout type de sorts qui n'impliquaient pas de gramarie-, elle ne se rendait pas compte que sa glace lui fondait entre les doigts. Savannah était donc partie pour ressembler à une tâche géante.

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    Letting everyone down would
    be my greatest unhappiness.

    "One only understands the things that one tames," said the fox. "Men have no more time to understand anything. They buy things all ready made at the shops. But there is no shop anywhere where one can buy friendship, and so men have no friends any more. If you want a friend, tame me ..."


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MessageSujet: Re: {{ One's never better than two {feat Chen ♥}   Mer 13 Mar - 21:33

Je ne me reconnaissais plus. Ou plutôt si, c’était comme retrouver un vieil ami après des années d’absence. Quand je croisais mon regard dans le miroir, le matin, je revoyais cet homme de poigne qui partait pour conquérir de nouveaux marchés jour après jour. Il n’était pas désagréable, cet homme, ni mauvais, j’avais toujours pu me regarder en face quoi qu’il advienne. Mais ses traits étaient plus durs, son regard moins clair et surtout : il ne souriait pas autant. Ou si, il avait ce sourire commercial, bien en toutes circonstances. J’avais été hypocrite, je le savais, mais il fallait plaire au plus grand nombre. Si mon charme naturel aurait pu suffire ? Je me plaisais à le croire. Mais il fallait toujours séparer affaires et vie privée. Alors je parvenais à mettre cette barrière, sans toutefois être complètement faux, il n’empêchait que je n’étais pas purement authentique. Et je le ressentais quand je m’habillais, le matin, pour aller donner mes cours. Les conférences sur le commerce que j’avais accepté de donner quand mademoiselle Huntington me l’avait demandé me plaisaient davantage que les créatures magiques qui pourtant me passionnaient. Et là était sans doute un des signes les plus révélateurs de ce changement. Peut-être qu’en m’écartant de cette image du « professeur gay hippie », on me prendrait plus au sérieux. Je n’avais jamais pourtant été particulièrement efféminé ou « barré dans mon trip », comme le disaient les jeunes mais je ne voyais que cela comme explication. Malgré ce que j’étais, dont je n’avais jamais douté, je n’étais visiblement aux yeux de la plupart d’une tante ayant passé sa date de péremption et dont on pouvait se jouer comme on le voulait. Il me fallait les détromper, et je m’y employais. La concierge, miss Kassidy, n’avait sans doute jamais eu autant d’étudiants en retenue de mon fait. Je ne l’entendais pas s’en plaindre, bien au contraire aussi ne diminuais-je en rien la cadence. Certains de mes étudiants étaient étonnés, d’autres même clairement choqués (il m’avait semblé voir du coin de l’œil Elektra trembler), mais les choses étaient ainsi : je n’avais pas envie de rire et je ne voulais pas que l’on se joue de moi. C’en était fini. Pour de bon. Il fallait que j’arrête de me bercer de l’illusion que tout pouvait bien se dérouler juste parce que je le voulais. La vie n’était pas rose, même en étant honnête et totalement fidèle à soi-même, alors autant se protéger.

Cela n’empêchait pas que je commençais à me poser des questions. Cet homme n’était pas moi, il m’était de plus en plus étranger. Et je n’étais pas heureux. Je m’éloignais de tous ceux qui m’étaient proches, que ce soit mon ex-femme que je ne pouvais plus regarder en face depuis que j’avais embrassé son désormais fiancé, ledit fiancé que j’avais soigneusement évité depuis cet incident qui m’avait brisé le cœur. Je préférais me tenir loin de mes étudiants préférés, n’étant pas certain d’être encore en mesure de leur donner les conseils que je leur prodiguais avant. Je ne voyais plus Meleager, ni Sara, ni Savannah, il n’y avait guère de Cerrone dont je gardais la nièce de temps à autres. Facile, la tata de service célibataire pouvait bien sacrifier sa soirée, il n’y avait personne pour l’attendre. Je devenais solitaire. Et ce n’était pas moi. Peut-être devrais-je au moins sortir pour aller voir quelqu’un. Iordan. Ce serait sans doute parfait. Peut-être pourrais-je lui parler de ce qui me tracassait. Ou peut-être pas ? Dans tous les cas j’avais besoin de m’oxygéner. Et même si les risques de le croiser étaient multipliés. Je n’allais pas m’arrêter de vivre pour lui. J’avais envie d’un verre ou de sucreries, ou des deux d’ailleurs ce qui ferait du voyage un pèlerinage. J’avais donc pris la direction de l’île marchande sans me poser de questions outre mesure. Ayant finalement plus envie de chocolat que d’autre chose, je passais rapidement au Dulce Loco pour choisir des friandises que j’allais sans doute aller déguster un peu plus loin. Je serais sans doute rentré chez moi, si je n’avais pas fait un détour pour apprécier la vue de l’île et envisager d’y prendre une maison pour ne pas habiter toujours au château. Mes pas m’amenèrent sur une petite place et mes plans furent immédiatement contrariés. Ce qui n’était pas mon cas, fort heureusement.

Voir le visage de Savannah, assis sur cette fontaine (coucou Moundir) me fit m’arrêter instantanément. S’il y avait un ange de douceur sur cette Terre capable de ramener un semblant d’humanité dans l’homme que j’étais devenu, c’était bien elle. Et elle semblait tellement perdue, avec son sac et sa glace que je ne pus que m’avancer, sortant un mouchoir de ma poche et venant essuyer délicatement son cornet de glace avant qu’elle ne s’en mette partout. Je ne parlais pas immédiatement, cherchant peut-être un peu mes mots. Cela faisait des semaines que nous ne nous étions pas vu, même si nous avions été là l’un pour l’autre au moment de cette fameuse nuit et après, quand je l’avais entraînée après l’érection du mémorial pour regarder le Roi Lion, par exemple. Mais après, on pouvait dire que je n’avais rien eu de l’ami exemplaire qui aurait du se trouver à ses côtés en cette rentrée. Attention, je crois que tu l’apprécieras plus en bouche qu’en gel douche, lançais-je finalement avant de m’asseoir à côté d’elle en douceur, posant un sac identique remplis de caramels et de chocolats à côté du sien. Je regardai droit devant moi pendant un petit moment avant de trouver quoi dire. Cela venait toujours naturellement avec Savannah mais je voulais être sûr de moi. Je posai ma main sur sa jambe pour énoncer : Cette rentrée a manqué de soirées films et j’en suis désolé, j’avais la tête ailleurs. Comme tout le monde je suppose. Et surtout comme elle qui avait sans doute du passer une partie de son été dans ce camp de solidarité dans lequel je ne me serais vraiment pas senti à ma place. Je finis par désigner mon sac avec une grimace : Désolé, du coup je t’ai fait des infidélités, mais quand on me demande qui est la meilleure cuisinière de l’île, je n’hésite pas une seconde : ton gâteau au chocolat m’a littéralement sauvé la vie. Et c’était vrai. Sans Savannah cette nuit-là, je ne savais pas ce que je serais devenu. La douceur faite femme, un ange descendu du ciel pour apporter un peu de joie aux pauvres mortels comme moi. Celle que j’aurais été honoré de demander en mariage si seulement elle avait été mon genre, ce que je déplorais une nouvelle fois à voix haute : Et malheureusement je ne suis toujours pas devenu hétérosexuel pendant l’été. Ce qui est bien dommage, tu es décidément plus belle que jamais. Et ce n’était pas un compliment en l’air. Savannah était … Savannah, tout simplement. Un miracle de la nature que je chérissais et auprès duquel je voulais rester un peu, ce jour-là, délaissant mon costume d’ours civilisé pour un autre plus léger qui me convenait davantage.

_________________

    - ADRIAN & CHEN -
    What have I got to do to make you love me ? What have I got to do to make you care ? What do I do to make you want me ? What have I got to do to be heard ? What do I say when it's all over, and "sorry" seems to be the hardest word ? It's sad, so sad, it's a sad, sad situation, and it's getting more and more absurd. It's sad, so sad. Why can't we talk it over ?

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MessageSujet: Re: {{ One's never better than two {feat Chen ♥}   Lun 18 Mar - 12:15

Savannah n'aimait pas être le centre de l'attention. Elle était mal à l'aise lorsque l'on s'intéressait un peu trop à elle. Elle préférait parler des autres, les aider, les soutenir, rire avec ou partager des moments plein de saveurs avec eux. Mais elle n'aimait pas lorsque les conversations se mettaient à la concerner. Elle n'avait donc parlé de sa peine à personne, pas même à sa famille, se forçant à faire bonne figure alors qu'elle se remettait entièrement en question. Mais qui pourrait l'aider, de toute façon ? Le seul problème, dans cette histoire, c'était elle. Personne n'y pourrait rien ; elle devrait trouver une issue à ses tourments par elle-même. Et peut-être que le prélude de cette rémission passerait parce qu'elle pensait avoir su faire de mieux jusque-là : être là pour les autres, quoi qu'il advienne. C'était là son réel leitmotiv, c'était ce qui avait orienté chacun de ses choix de carrière, autant lorsqu'elle avait décidé de devenir que quand elle elle s'était reconvertie en médicomage. Ces choix se basaient peut-être d'ailleurs sur un fond de culpabilité, un besoin de racheter les fautes qu'elle avait commise auprès de sa meilleure amie, qu'elle avait laissé partir lâchement, en la suivant dans chacun de ses excès sans la contrer. Mais la vie paraissait alors tellement plus simple à l'époque : le seul homme qui l'avait considérée en tant que femme, c'était à cette époque-là qu'elle l'avait connu. C'était lorsqu'elle prétendait être une Savannah qu'elle n'était pas. Alors oui, c'était simple. Pas besoin de se dévoiler, pas besoin d'avoir peur. Peut-être cela l'avait-il un peu blessée, d'ailleurs, de réaliser que le seul homme qu'elle ait jamais connu ait voulu d'elle alors qu'elle voilait sa réelle personnalité et cachait chacun de ses défauts. Mais dans tous les cas, le décès de celle qu'elle avait considéré comme sa meilleure amie pendant plusieurs années avait dévoilé une facette qu'elle ne se connaissait pas. Elle voulait être une héroïne, à sa façon. Elle voulait changer le monde, elle voulait prouver à tout un chacun que la vie était belle et valait la peine d'être vécue sans se détruire. Elle voulait faire sourire les gens, elle voulait les aider. Ce serait la mission d'une vie, la mission de sa vie.

Seulement, lorsqu'un événement aussi tragique se présente à vous comme pour vous rappeler que vous êtes inutile, tous ces beaux discours s'évaporent. Même dans l'esprit de notre blonde peroxydée. Parce qu'il ne fallait pas croire, elle avait le moral aussi fragile qu'un œuf de Fabergé -ou qu'un œuf tout court, d'ailleurs, mais la narratrice a des goûts de luxe. Et lorsque l'on vivait quelque chose d'aussi funeste que cette fameuse nuit, plus rien n'était comme avant. Toutes ses croyances s'était effritées, et plus elle y réfléchissait et essayait d'arranger sa vision des choses, plus le peu d'espoir qui lui restait se volatilisait. Le mois qu'elle n'avait consacré qu'à elle seule à Colorado Springs était destiné à la faire aller mieux. C'était une trêve qu'elle s'accordait, la seule à laquelle elle se donnait le droit avant d'aider, à son tour, encore et toujours. Mais ça n'avait pas fonctionné, loin de là. Trop de temps pour réfléchir ne lui avait que donné une opportunité inutile de repenser à ce qui s'était passé, à l'injustice de cette nuit-là, aux pertes, à ces visages qu'elle ne reverrait jamais, à un Gregori qui n'avait sans doute jamais su qu'elle intoxiquait ses plantes vertes avec l'alcool qu'il lui donnait, plutôt que de le boire elle-même. Et le pire dans tout ça ? C'était ce sentiment de culpabilité qui l'avait fait penser à de maintes reprises à chercher un sort quelconque pour remonter le temps et tout changer. Parce que ce petit instant de bonheur auprès de Iordan ne méritait pas la mort de dizaines d'innocents. Parce que si elle devait mettre son bonheur à péril pour sauver ceux qui n'avaient pas pu l'être, elle le ferait. Iordan ne se rendrait compte de rien ; de toute façon, rien ne s'était réellement passé. Quant à elle, elle vivrait les mêmes regrets que ceux qui l'accompagnaient depuis toujours, elle s'en relèverait. Mais tous ces gamins, ces adultes ? Eux, ils vivraient. Si elle avait trouvé ce sort... Non. De toute façon, c'était prétentieux de sa part de penser qu'elle aurait pu les sauver, tous autant qu'ils étaient. C'était arrogant de penser qu'elle aurait pu changer ce monde. Pourquoi avait-elle cru un seul instant pouvoir un rôle à jouer sur le monde, sur son monde ? Elle n'était rien de plus qu'un pion sur l'échiquier d'on-ne-savait-quel-dieu qui jouait aux Sims sur son ordinateur intergalactique. Elle qui avait toujours eu la naïveté de croire que chacun était le seul maitre de sa destinée, s'était plantée sur toute la ligne. Tout ce qui l'avait permis de tenir pendant ces années à Salem, tout ce qui lui permettait de rester l'élève studieuse qu'elle avait été... Tout s'était volatilisé d'un coup de patte de lycan. Parce qu'un rien qu'un évènement, un seul, et plus rien n'a de sens. Aucune des victimes n'avait fait le choix de mourir. Aucune d'entre elles n’avait pensé en se levant le matin, que ce serait la dernière fois qu'elle aurait à subir la torture que représenter le fait de quitter sa couette.

Voilà pourquoi elle s'était occupée à chaque instant. Voilà pourquoi elle avait consacré tout le temps qu'elle avait eu dès la rentrée à aider ceux qui en avaient besoin. Voilà pourquoi elle avait passé de nombreuses heures à l'infirmerie à attendre que quelqu'un l'appelle à l'aide. Pour se sentir utile, juste un peu, juste à cet adolescente migraineuse ou à cet inconscient joueur de quidditch. C'était tout ce qu'elle savait faire, et elle devrait reprendre ses marques, faire comme si elle servait réellement à quelque chose, comme si son rêve de jeune étudiante prenait forme malgré tout. Comme si elle changeait le monde à sa façon. Mais au fond d'elle, cette plaie restait béante, douloureuse. Elle n'était pas prête à se confronter à la douleur de ceux qui n'avaient pas la chance d'avoir son don à imiter l'autruche et à ignorer les problèmes pour mieux les gérer. Alors il était hors de question pour elle d'avoir un trou dans son emploi du temps, d'avoir un moment pour réfléchir à nouveau à tout ça et donner une opportunité à son armure en paille de bruler. Elle ne pouvait pas. Alors, que ferait-elle de cette demi-journée vacante ? Sortir, voilà tout ce qui lui restait à faire.

Voilà donc comme elle s'était retrouvée assise sur la belle fontaine de l'île commerçante, vacant à des occupations plus habituelles, comme se demander si elle avait les fesses trempées par le rebord du bassin, et si elle aurait le cran de rentrer chez elle avant qu'une quelconque poule mutante ne trouve le moyen d'avoir des dents. Fixant ses pieds à l'aide d'une parade quelle qu'elle soit, Savannah ne vit donc pas arriver son ami. Nul doute donc qu'elle sursauta malgré la douceur du geste de celui-ci, qui vint délicatement ôter la glace qui avait commencé à fondre entre ses doigts. « Attention, je crois que tu l’apprécieras plus en bouche qu’en gel douche » introduisit-il après un bref moment de flottement pendant lequel la blonde réalisa qui se tenait devant elle, fait qui lui arracha un sourire des plus rassurés et reconnaissants. « Chen... » se contenta-t-elle de répondre en penchant la tête, presque émue de le revoir. Elle se sentit ridicule et donc obligée d'ajouter autre chose, n'importe quoi.« Il doit faire tellement chaud qu'elle est à 37 degrés, je l'ai même pas sentie... » Oui, n'importe quoi. « Merci, je vais faire attention. » conclut-elle en se forçant à se taire, collant ses lèvres à la boule de glace vanillée -vous ne croyiez tout de même pas qu'elle était du genre à donner des coups de langues évocateurs sans se rendre compte de rien ? Non, quand même. Elle était de ceux qui pleuraient de douleur en croquant dans la glace gelée. Ses yeux glissèrent sur le brun, qui s'installa à côté d'elle, posant ses achats entre ses jambes, comme elle. La médicomage sursauta presque en sentant le contact de la main du jeune homme sur sa jambe, peu habituée à ce genre de gestes venant d'un mâle. « Cette rentrée a manqué de soirées films et j’en suis désolé, j’avais la tête ailleurs. Comme tout le monde je suppose. » disait-il alors qu'elle sépara sa bouche congelée de la glace décongelée. Elle lui sourit tendrement en lui donnant un petit coup d'épaule qui fit dangereusement vaciller le contenu de son cornet de glace. « Oui, j'pense que tout la monde a la tête ailleurs. » acquiesça-t-elle non sans sentir son cœur se serrer. « Ta tête est pas trop loin quand même j'espère ? » Avec un petit sourire malicieux, elle ajouta, pour oublier l'amertume du sujet : « Parce qu'on capte pas la télé partout, tu sais. Et t'as toujours pas vu les Aristochats. » Toute souriante à l'idée d'une soirée Disney prochaine, elle ne comprit pas de suite ce dont s'excusait le brun. « Désolé, du coup je t’ai fait des infidélités, mais quand on me demande qui est la meilleure cuisinière de l’île, je n’hésite pas une seconde : ton gâteau au chocolat m’a littéralement sauvé la vie. » avait dit son ami en désignant le sac d'achats qu'il avait posé à ses pieds. Savannah ne put s'empêcher de rougir, comme à ses habitudes -comme quoi, certaines choses ne se perdent pas. « Dis pas de bêtises. Tu sais très bien que je l'égalerai jamais. Mais c'est gentil. » répondit-elle, reconnaissante envers Chen pour sa gentillesse et sa douceur... Finalement, peut-être que les choses allaient s'améliorer. Peut-être que tout irait mieux, un jour. C'était impossible de penser le contraire avec un Chen en face d'elle -enfin, à ses côtés. « Et malheureusement je ne suis toujours pas devenu hétérosexuel pendant l’été. Ce qui est bien dommage, tu es décidément plus belle que jamais. » La blonde ne put s'empêcher de penser qu'elle devait vraiment avoir l'air atterrée pour qu'il la complimente de la sorte. Ou alors il se moquait d'elle, comme de nombreux hommes l'avaient fait avant lui. Mais bizarrement, elle ne voyait pas Chen faire de même ; elle ne l'imaginait pas acerbes comme tous ceux qui l'avaient traumatisée. Parce qu'entre eux était né quelque chose d'évident, de pur, sans arrière-pensées, sans magouilles ou mensonges. « Je... Je... T'as pas mis tes lunettes de soleil, sous ce brasier c'est pas bon pour ta vue. » répliqua-t-elle simplement pour éluder un sujet qui la mettait mal à l'aise. Deux compliments à la suite, Chen connaissait sans aucun doute son grand point faible. « Au pire, si dans 10 ans, aucun de nous n'est marié, on a qu'à faire une belle cérémonie où tout le monde mangera bien, et on sera heureux. Un mariage d'amitié, ça compte aussi. » reprit l'américaine en regrettant aussitôt sa proposition. Elle venait bien de le demander en mariage, là ? De toute façon, lui aurait sans aucun doute trouvé le grand amour, elle ne s'en faisait pas pour ça. Mais elle, elle aurait aimé pouvoir porter une de ces belles robes une fois dans sa vie. Juste pour le geste, pour accomplir un rêve de petite fille. Quitte à ne pas avoir le prince hétérosexuel dont elle rêvait, autant être la princesse d'un prince qui saurait faire d'elle une femme heureuse. Se concentrant à nouveau sur sa glace, que, maintenant, elle sentait fondre -sans doute parce qu'elle ne pensait plus à ses fesses... Oh, merde ! Ses fesses ! Une solution se tenait à côté d'elle mais elle ne pourrait pas lui demander de... non. Bref, se concentrant à nouveau sur sa glace -pas comme la narratrice sur la phrase commencée quelques lignes plus haut-, Savannah se rendit compte avec horreur qu'elle ne pourrait plus guère laisser sagement sa langue à la maison très longtemps. Pivotant légèrement son visage à l'opposé de la direction de Chen, elle fit tourner le cône contre sa langue, et... la boule de glace restant tomba par terre. Pouf. Enfin, non, pas pouf. Elle ne fit pas de bruit mais s'éclata majestueusement contre les pavés. Et Savannah ? Eh bien, elle fixait bêtement sa boule à la vanille, exagérément attristée par le suicide de sa sucrerie. Rien n'allait, rien n'allait...

Prenant une grande inspiration pour reprendre ses esprits, la blonde finit par croquer dans son cornet biscuité en se retournant vers son ami. « Au moins, elle peut plus fondre. Enfin si, mais pas sur moi. » Prenant une petite pause, hésitant à embrayer à nouveau sur ce sujet, Savannah reprit finalement : « Tu sais... je t'ai jamais remercié pour ta présence quand... enfin, tu sais... » quand ils sont tous morts ! Elle avait besoin de lui parler, de tout, de n'importe quoi. Elle avait besoin de lui, surtout maintenant que sa présence était venue lui rappeler à quel point il lui était indispensable depuis qu'ils avaient commencé à se fréquenté, depuis qu'il avait été attiré à son appartement par cette odeur fortuite de fondant qui … fondait dans son four. Elle avait tant de choses à lui dire, mais également tant de sujets qu'elle n'oserait jamais aborder. Ce deuil qui les avait tous détruits, ces vacances où chacun avait géré la chose comme il le pouvait, Colorado Springs où elle avait passé ces deux mois, sans voir sa famille, les lettres qu'elle avait échangées avec Iordan... Rien qu'à la pensée de ce prénom, elle sentit à nouveau le sang lui monter aux joues et un sourire ridicule s'imprimer sur son visage. Mais voilà, tant de sujets délicats à aborder, et des choses dont elle avait besoin de parler autant qu'elle voulait garder pour elle-même. Surtout le dernier point, sérieusement... « Quoi de neuf ? Moi j'ai travaillé sur plein de nouvelles recettes, il faudra que tu viennes goûter. » Et j'ai aussi arrêté de penser à un traitement pour Luce, parce que c'est trop tard. Mais j'ai plus de soirées de libres, puisque Greg n'est plus là ! Jetant un coup d'œil à son pied, Savannah ne remarqua plus qu'une vague flaque qui devait autrefois être sa boule à la vanille que lui avait gentiment offerte Julia. Elle enfourna le reste de cornet dans sa bouche, mâchant avec le plus d'élégance possible en regardant son ami. « Ku viens au bal kemain ? » fut finalement la question ultime qu'elle trouva pour éviter de parler de tous ces sujets dont elle avait pourtant besoin de parler. Avec lui, avec Chen.

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    Letting everyone down would
    be my greatest unhappiness.

    "One only understands the things that one tames," said the fox. "Men have no more time to understand anything. They buy things all ready made at the shops. But there is no shop anywhere where one can buy friendship, and so men have no friends any more. If you want a friend, tame me ..."


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MessageSujet: Re: {{ One's never better than two {feat Chen ♥}   Dim 31 Mar - 17:54

C’était dans ce genre de moments que je me disais que je faisais le mauvais choix en essayant de redevenir celui que je n’étais plus depuis quelques temps. En réalité, je devenais même un autre, cette froideur, cette distance n’était pas à moi. Opium me l’avait rappelé, avec sa franchise habituelle pendant notre dernier thé-à-tête où elle m’avait ramené à elle un peu violemment. Et elle avait bien fait, comme Savannah avait bien fait de se trouver sur mon chemin. Il n’aurait sans doute plus manqué que je trouve Arsène, mal, devant ma porte ce soir pour que le tableau soit complet : qu’étais-je en train de faire ? Essayer de me protéger était une chose, exclure tous ceux qui m’avaient tendu la main, qui étaient entrés dans ma vie l’année passée et que j’avais laissé entrer dans la mienne était d’une stupidité sans nom. Il n’y avait pas eu que du mauvais, il y avait eu aussi du bon, du très bon, et je ne devais pas l’abandonner parce qu’un seul m’avait déçu de façon cruelle et profonde, certes. Mais pourquoi condamner les autres qui ne demandaient qu’à me côtoyer ? Je n’avais pas à m’enfermer et à vivre en reclus. S’ils voulaient de moi, s’ils avaient besoin ou juste envie de me voir, de me parler, alors soit ! Je ne me défilerais certainement pas, surtout pas en face d’elle. Si les débuts de notre relation avaient été timides, ce qui s’était noué cette fois où j’avais frappé chez elle était fort et je ne désirais pas m’en séparer, si cela lui convenait. Et visiblement, me voir ne lui déplaisait aucunement, ce qui me ravit et m’arracha mon premier vrai sourire depuis quelques jours : Chen... Le seul et l’unique, pour te servir, commentais-je non sans humour avant de m’établir à ses côtés. Il doit faire tellement chaud qu'elle est à 37 degrés, je l'ai même pas sentie... Je hochai lentement la tête, me doutant que la température ne devait pas être en cause, la glace restait tout de même humide. Elle devait avoir la tête ailleurs, comme bon nombre de gens sur cette île en cette rentrée. Même si les stigmates les plus évidents avaient été gommés, plus personne n’était le ou la même, et c’était tout à fait naturel. Vivre ce genre de drames, que ‘on ne voit que dans les livres d’histoire, ou dans les films, les romans avait quelque chose de déconcertant. Toutes ces émotions dont on ne soupçonnait même pas l’existence et qui apparaissaient, d’un coup d’un seul étaient perturbantes et personne n’était sûr de s’en relever un jour totalement. Non, personne. Merci, je vais faire attention. Je t’en prie.

Mon ton avait été distrait, pensif, et je l’étais. Me retrouver à ses côtés me renvoyait à pas mal d’événements que nous avions affrontés ensemble. Nous avions été si proches alors, et … après ? Après plus grand-chose, même si les pensées étaient évidemment au rendez-vous. Je savais, je voyais bien qu’elle en avait gros sur le cœur, je la connaissais maintenant suffisamment pour savoir comment elle réagissait, et également qu’elle ne lâcherait rien si elle n’était pas certaine de « ne pas me déranger » ou « de ne pas être un poids pour moi ». Parce que Savannah étaient de ces personnes d’une rareté exceptionnelle, celles qui mettaient toujours les intérêts et les sentiments d’autrui avant les siens. J’en étais, oh, si loin que cela me paraissait risible qu’elle se sente comme cela avec moi. Mais j’avais compris son mécanisme et ferais tout pour inverser la tendance. Si une créature sur cette Terre avait le droit de s’épancher pour enlever le poids du monde qui semblait s’être abattu sur elle, c’était bien cet ange de douceur qui n’avait jamais fait le moindre mal à qui que ce soit, j’en étais persuadé. Il fallait simplement que je trouve comment faire pour l’amener à se confier d’elle-même, et elle commença elle-même à me donner la solution à cet épineux problème. Peut-être le besoin de parler était-il suffisamment fort pour avoir raison de ses réticences habituelles ? Oui, j'pense que tout la monde a la tête ailleurs. J’ouvris la bouche pour enchaîner mais elle me prit évidemment de court. Ta tête est pas trop loin quand même j'espère ? Je luttai quelques instants, poisson hors de l’eau, à la fois pour ne pas laisser les souvenirs m’envahir, ceux qui me hantaient, les bras d’Adrian, sa peau contre la mienne, son sourire de canaille tête à claques le matin, et l’air qu’il avait eu en me disant qu’il n’avait pas besoin de moi, et pour ne pas laisser le masque de froideur qui accentuait la roideur de mes traits se remettre en place, ce qui était la parade habituelle à l’afflux des images et des sentiments qui m’envahissaient. Elle me tira cependant bien vite de l’embarras : Parce qu'on capte pas la télé partout, tu sais. Et t'as toujours pas vu les Aristochats. Les Aristochats, oui, bien sûr, répétais-je, reprenant pied. Si le moment de trouble était passé, celui de s’engouffrer dans la brèche qu’elle avait ouverte elle-même l’était malheureusement aussi. Je n’avais pas été assez prompt ni assez concentré, mais je me rattrapai cependant bien vite : Il se trouve que ma tête est juste à côté de la tienne et qu’elle est libre ce soir, comme le reste de ma personne. Est-ce que cela te tenterait en engloutissant à deux nos achats de l’après-midi pour moi culpabiliser ? Et se sentir un brin moins pathétique, également, parce que ce sentiments m’aurait sans doute assailli si je m’étais retrouvé seul, dans mes appartements, à me gaver de douceurs comme une adolescente au cœur brisé.

Ce qui ramena les sacs sur le tapis et ma culpabilité d’être allé voir ailleurs, comme si j’avais trompé ma pâtissière préférée. En même temps, je n’avais pas vraiment été en état de frapper à sa porte pour lui demander le gîte et le couvert, cela aurait plutôt été malvenu. Je m’étais imposé de la sorte une fois parce que j’allais mal, et les fois suivantes parce que nous avions besoin l’un de l’autre, mais je ne pouvais me permettre de débarquer quand bon me semblait, comme après l’annonce choc de l’Auror Chrysler, juste par exemple. L’idée m’avait évidemment effleuré, mais ma fierté, je l’avais reconnue, m’avait empêché de lui présenter une fois de plus le tableau désolant de l’homme déçu que je lui avais déjà offert une fois. Heureusement pour elle, pauvre femme … Dis pas de bêtises. Tu sais très bien que je l'égalerai jamais. Mais c'est gentil. Je me tournai vers elle, laissant ma décrépitude de côté pour la contempler. Il y avait une chose qui m’échappait chez Miss Dawkins, et c’était de savoir comment une aussi belle et talentueuse jeune femme pouvait à ce point ignorer combien elle était exceptionnelle. Beaucoup de personnes n’arrivaient pas à s’apprécier physiquement, ce n’était pas nouveau. Mais elle était Médicomage, ce qui témoignait de sa culture et de son intelligence, de sa brillance, en un seul mot, d’une gentillesse qui faisait que personne ne pouvait la détester … Elle était radieuse, solaire … alors pourquoi ? Y avait-il eu un jour un salaud pour la faire douter d’elle à ce point ? Cela m’attristait plus que cela ne me choquait, en réalité. Je... Je... T'as pas mis tes lunettes de soleil, sous ce brasier c'est pas bon pour ta vue. Quand arrêteras-tu de te dérober à mes compliments ? demandais-je d’une voix douce, Parce que je t’assure que je ne compte pas arrêter jusqu’à ce que tu comprennes que tu mérites chacun d’entre eux. Mince, s’il y avait une personne qui avait droit au bonheur, c’était bien elle, et plutôt mille fois qu’une ! Et en parlant de cela … Au pire, si dans 10 ans, aucun de nous n'est marié, on a qu'à faire une belle cérémonie où tout le monde mangera bien, et on sera heureux. Un mariage d'amitié, ça compte aussi. C’était un compliment des plus sincères, je le savais, ce genre de proposition venait droit du cœur. Mais, bien malgré moi, elle commença à serrer le mien en douceur. Mes traits s’étaient sans doute crispé pour une seconde ou plus. N’était-ce pas après tout ce que j’avais mentalement énoncé, en souhaitant faire son bonheur ? Je pensais que cela était possible, j’avais déjà essayé … mais ç’avait été un cuisant échec. Lovleen ne m’avait pas tenu rigueur de ce mariage, mais … était-ce une bonne chose ? Bien sûr, je savais sa proposition innocente, presque des paroles en l’air, mais cela faisait tellement écho avec mon histoire que cela m’avait frappé de plein fouet. Je pressai doucement sa jambe quelques instants, sans que cela vienne d’une intention déplacée, juste pour me reprendre : Ce serait un honneur, miss Dawkins. Il fallait que je perde rapidement cette tête d’enterrement, cependant, avant de m’en vouloir à tout jamais. Je me repris donc et souris de nouveau : Mais je prends le pari que cela n’arrivera pas et qu’un homme, beaucoup plus jeune, plus beau et plus hétérosexuel que moi viendra vous ravir à mes bras bien avant cela ! Et je le pensais réellement. Ce n’était qu’une question de temps avant que Princesse Savannah ne trouve la perle rare. Parce que si un joyau comme elle était destinée à rester un solitaire, éclatant de beauté mais désespérément isolé dans son écrin, alors il n’y avait vraiment rien à attendre de la vie.

La chute de la boule de glace de mon amie stoppa là ces considérations pour le moins déprimantes qui m’avaient encore ramené à… enfin passons. Je contemplai la boule un moment, en silence, comme si cette sucrerie à la vanille avait été poussée à bout par nos pensées pour le moins peu joyeuses et avait préféré mettre fin à ses jours qu’en supporter davantage. Au moins, elle peut plus fondre. Enfin si, mais pas sur moi. Un bref éclat de rire m’échappa alors que je plongeai enfin mes yeux dans les siens, prenant conscience de tout ce qui l’habitait, malgré le mal qu’elle mettait pour ne pas trop le montrer. Tu sais... je t'ai jamais remercié pour ta présence quand... enfin, tu sais... Il n’y a pas de merci qui tienne. J’ai été présent pour toi autant que tu l’as été pour moi, et c’était un cadeau sans prix. Quelques mots, simples et efficaces, et un regard qui en disait long. Oh non, Savannah n’allait pas bien et il n’était pas question que je la laisse s’échapper avant qu’elle n’ait vidé son sac sur mon épaule (vous avez compris l’idée). Quoi de neuf ? Moi j'ai travaillé sur plein de nouvelles recettes, il faudra que tu viennes goûter. Dis-moi quand, et je serai là. Tu sais que je suis fou de tout ce que tu cuisines … mais après, tu risques de ne plus te débarrasser de moi ! Un moyen comme un autre de lui faire comprendre que je reprenais ma place dans sa vie. Et également de détourner la conversation. Je n’avais pas envie de m’épancher sur ce qui me travaillait, pas vraiment. C’était son tour d’avoir visiblement besoin de moi, j’attendrais donc. Ou je règlerais mes problèmes comme un grand. Même si les hurlements de Yizel peuplaient mes nuits de façon régulière. Ku viens au bal kemain ? Un éclat amusé passa au fond de mes prunelles en la regardant faire. Une fille nature, ce que j’aimais. J’acquiesçai finalement : Oui, une de mes étudiantes, Opium Blackwood, je ne sais pas si tu la connais, a sollicité ma présence à ses côtés … comment refuser ? Sans elle, il était vrai que je n’y serais sans doute pas allé, ce qui aurait été dommage. Je finis par enlever ma main de sa cuisse pour me tourner plus face à elle, rendant la conversation plus aisée : Est-ce que j’ai une chance de t’y voir et de te voler plusieurs danses ? Ou as-tu un cavalier qui va te faire valser toute la nuit ? Après tout, qu’en savais-je ? C’était peut-être le cas. Un autre détail me revint en mémoire : Par contre je t’avoue ne pas avoir prévu de costume … Ce qui n’était peut-être pas une bonne chose. Mais je n’avais pas vraiment demandé à Opium ce qu’elle comptait porter, donc la simplicité serait de mise. Après tout, malgré cette invitation, je n’avais pas franchement hâte de m’y rendre …

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MessageSujet: Re: {{ One's never better than two {feat Chen ♥}   Dim 7 Avr - 15:06



La force, voilà la qualité qu'elle aurait aimé avoir. La force, le courage, la vitalité, la robustesse. Mais elle n'avait rien de tout ça. Elle n'avait jamais possédé aucune de ses qualités. Au contraire. Elle avait toujours été influençable, fragile, flexible... La solitude n'avait jamais été son fort. Il lui fallait toujours quelqu'un à ses côtés pour qu'elle se sente vivante et utile. Il lui fallait une présence pour qu'elle ne sente pas s'évaporer, pour qu'elle ne se laisse pas aller à ses pensées destructrices, douloureuses et déchirantes. Son esprit n'était pas tranquille lorsqu'il était au repos. Elle devait aider, profiter, être active. Lors des moments où rien de tout cela n'était possible, lorsqu'elle était seule face à elle-même, commençait cette lente descente aux enfers. Elle repensait à tous ces regrets qu'elle avait accumulés au cours de sa vie, et aux remords qui lui pesaient, aussi. Et c'était exacerbé depuis cette fameuse nuit. Elle ne supportait plus la solitude, elle ne supportait plus de se retrouver devant une feuille blanche pour dessiner, comme elle aimait tant le faire avant. Elle n'osait plus regarder de films, elle avait peur d'y retrouver des scènes qui rendraient la plaie béante encore plus douloureuse. Lorsqu'elle cuisinait, elle le faisait avec la musique à fond, pour se forcer à chanter, à penser à autre chose, à se concentrer sur ses recettes, peu importait, mais elle ne devait pas penser à ça. Et les essais de nouvelles recettes, elle les avait accumulés depuis son retour sur l'archipel. Elle n'était pas douée pour grand-chose, et pas spécialement pour la cuisine, mais cela semblait faire plaisir à certaines personnes, et puisque tel était son rôle, elle le remplirait. Mais les sachets de farine et de sucre avaient beau y passer, elle se sentait incroyablement inutile. Sa vie était à présent dénuée de sens. Le seul sens qu'elle lui avait trouvé jusque-là avait été réduit à néant en une seule nuit ; une seule nuit où, au lieu d'aider et de soigner comme son devoir le lui incombait, elle s'était simplement endormie sur l'épaule d'un jeune homme qui n'en avait surement strictement rien à faire d'elle. Mais... ? Une pensée lui arrachait à chaque fois un sourire naïf, celui de la gamine qu'elle était toujours. Une seule pensée. Celle que Iordan l'apprécie, au moins un peu. Qu'il ne lui ait pas répondu à ses lettres pendant l'été sans aucune raison. Qu'il ne se soit pas moqué d'elle lorsqu'il avait prétendu qu'elle était la femme de sa vie, qu'il ait simplement subi les affres d'un retour d'entre les morts. Mais elle ne pouvait pas y penser sans se sentir coupable, sans se rappeler que c'était parce qu'elle était trop bête, naïve, candide, et crédule qu'elle s'était rendue chez Gerry ce soir-là, et que c'était pour ces quatre mêmes raisons qu'elle n'avait pas été en mesure d'aider ses collègues infirmiers avant le petit matin. La seule tâche qu'elle doive remplir, le seul rôle utile qu’elle ne se soit jamais trouvé, elle y avait failli ce soir-là. Pour les beaux yeux d'un serveur qui n'en avait très probablement que faire d'une médicomage de plusieurs années son ainée, coincée comme si elle avait vécu dans un couvent toute sa vie, et aussi à l'aise en la présence de la gent masculine qu'un lapin en chocolat en pleine période de Pâques.

Voilà tout autant de raisons pour lesquelles elle aurait eu besoin de parler, d'être rassurée. Elle avait tant besoin d'entendre qu'elle n'y était pour rien, mais elle savait que jamais elle n'entendrait ses mots. Elle avait beau ne pas avoir sorti de crocs ce soir-là, elle n'avait pas su empêcher la transformation des personnes concernées, pas plus qu'elle n'avait été là pour soigner ceux qui avaient croisé leur chemin. Alors, elle avait sa part de responsabilité. Et personne n'aurait l'indécence de lui mentir à ce sujet. Elle avait été d'une inutilité la plus totale, et elle portait chaque jour le poids de cette culpabilité. Ce serait lui mentir que de lui dire qu'elle n'aurait rien changé. Elle ne se prétendait pas sauveuse de l'humanité, elle ne prétendait qu'elle aurait pu changer la vie de dizaines de victimes. Mais elle aurait voulu essayer. Comme à l'image de tout ce qu'elle entreprenait dans la vie, elle aurait aimé y mettre tout son cœur, toutes ses tripes (au sens figuré, hein, parce que ses tripes, pour le coup, elle était contente qu'elles aient conservé leur place attitrée). Elle aurait aimé n'avoir aucun regret, savoir qu'elle avait fait tout ce qu'elle pouvait faire. Peut-être aurait-elle pu sauver une vie, peut-être n'aurait-elle simplement pas tenu le choc en vivant le drame en son cœur, au chevet de toutes les victimes qui affluaient à l'infirmerie. Mais en tous les cas, elle aurait donné tout ce qu'elle était en capacité de donner. Et au lieu de ça, Savannah était à la merci de cette culpabilité tiraillante. Et le plus simple était encore de l'ignorer, de faire comme si elle n'était pas là, de l'oublier. Mais ce n'était pas possible à temps plein, et ce malgré tous les efforts qu'elle faisait. Et elle ne voulait pas en parler. Elle ne voulait pas accentuer son inutilité face au monde...

Et pourtant, voilà Chen qui s'asseyait à côté d'elle, qui sauvait sa main d'une boule de glace à la vanille un peu trop conquérante. Ils ne s'étaient pas vus depuis des mois, et Savannah avait redouté une gêne l'espace d'un instant... Se connaissaient-ils encore réellement ? Il y avait de ces relations qui ne survivaient pas à quelques mois de séparation... Mais visiblement, la leur ne faisait pas partie de cette catégorie. En réalité, c'était comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. La manière dont ils s'étaient trouvés à l'origine avait été brutale et maussade ; mais on ne pouvait pas dire qu'elle ait manqué de sincérité, loin de là. Leur amitié était parue si évidente sur le moment qu'il n'y avait aucune raison qu'elle ne s'affaiblisse maintenant. Aussi niais que cela puisse paraître, c'était comme si leurs deux âmes avaient été destinées à se rencontrer un jour ou l'autre. Parce que ce genre d'évidences n'était pas réservé à ce que certains appelaient l'Amour, strictement. Quand deux âmes étaient destinées à se connecter, alors, rien ne pourrait les séparer ensuite, n'est-ce pas ? Même s'il ne s'agissait « que » d'amitié. Les quelques mois qui les avaient éloignés ne semblaient pas avoir eu raison de leur amitié. Chen était toujours le même. Flatteur et attentionné, doux et complaisant. Et Savannah, comme d'habitude, avait l'impression d'enchainer les gaffes. Malgré l'amitié qui les liait, elle le sentait mal à l'aise, et pensa aussitôt avoir fait quelque chose de travers, puisque c'était sa spécialité. Mais il n'avait pas l'air de lui en vouloir... Il semblait mélancolique, un peu ailleurs... « Les Aristochats, oui, bien sûr, » Oui, les Artistochats ! Depuis le temps qu'elle lui en parlait... « Il se trouve que ma tête est juste à côté de la tienne et qu’elle est libre ce soir, comme le reste de ma personne. Est-ce que cela te tenterait en engloutissant à deux nos achats de l’après-midi pour moins culpabiliser ? » Voilà qu'il lui parlait. Enfin une occasion de se retrouver. Presque intimidée de retrouver son ami, la blonde pencha la tête sur le côté, alors que ses yeux pétillaient de joie. « Viens pas trop tôt, je retenterai ma dernière recette de muffins, » glissa-t-elle pour approbation. Et levant les yeux vers le ciel, innocente, elle ajouta : « On mettra de côté tout régime aujourd'hui, soyons bien d'accord. » Enfin, elle allait le revoir. Enfin, ils allaient repasser une de ces soirées auxquelles ils s'étaient habitués à la fin de l'année précédente, avec que cet événement tragique ne vienne y mettre un terme pour plusieurs mois. Enfin un point positif depuis la rentrée... Et voilà qu'il se mettait à la complimenter, comme à son habitude ; ce qui témoignait de son attention inébranlable. Parce que si Savannah doutait de la gent masculine à chaque instant, elle ne pouvait pas en dire autant de l'être qui lui faisait face. Pas qu'elle ne le considère pas comme un mâle, ne vous détrompez pas ; au contraire. C'était simplement qu'il n'était pas comme les autres... Pourquoi n'avait-elle pas pensé un seul instant qu'il se moquait d'elle lorsqu'il la complimentait, à l'image de tous les hommes qui l'avaient déjà fait ? Il lui parlait avec une douceur et une sincérité infinie, ça se lisait dans son regard, dans chacun de ses gestes. Et elle ne saurait pas tellement expliquer pourquoi. C'était comme ça. Leur amitié était faite pour être vécue, ils étaient faits pour se rencontrer, et c'était aussi simple que ça. Pourquoi aurait-elle pu douter de cela un seul instant ? Mais ces compliments, elle ne les acceptait pas davantage que s'ils venaient d'un autre homme. Elle ne les aimait pas. Ils la réconfortaient, la guérissaient peu à peu de tous les affronts qu'on avait pu lui faire, mais elle les acceptait pas. Parce qu'elle ne les méritait pas, tout simplement. Elle n'était pas belle; elle était une femme parmi tant d'autres, avant les avantages que pouvaient apporter la double information génétique apportée par le X, mais rien de plus. Elle n'était pas spécialement intelligente ; elle travaillait pour emmagasiner un maximum d'informations, et de toute façon, sa vie personnelle lui permettait largement d'y passer le temps nécessaire. Elle n'était pas drôle, pas spontanée ; elle était timide, coincée, renfermée. Elle n'aimait pas boire, ou tout du moins, elle ne l'aimait plus. Les sorties n'étaient pas son truc, elle préférait le confort d'une soirée consacrée à ceux qui comptaient réellement. Elle ne présentait donc aucun intérêt. « Quand arrêteras-tu de te dérober à mes compliments ? Parce que je t’assure que je ne compte pas arrêter jusqu’à ce que tu comprennes que tu mérites chacun d’entre eux. » Mais... mais allait-il arrêter ? Pourquoi la mettait-il mal à l'aise de la sorte ? Sûrement avec de vraies pures et bonnes intentions. Mais se rendait-il compte qu'elle n'aimait pas qu'on prétende d'elle qu'elle était aussi belle qu'un mannequin ou intelligente que Marie Curie ? La vérité était qu'elle n'était rien de tout ça, et malgré toutes les bonnes intentions de Chen, ses compliments ne faisaient que lui rappeler qu'elle n'était qu'une femme parmi des milliers d'autres, qui n'avait aucun argument pour s'en démarquer. Sinon, comment expliquer ce qu'elle avait enduré à Salem, avant de se transformer en quelqu'un qu'elle n'était pas ? Comment pouvait-elle expliquer son échec à l'école des Aurors ? Comment expliquer ce célibat qui durait depuis huit longues années ? Comment expliquer qu'un seul homme ait voulu d'elle en tant que femme, en tant que cette femme mièvre et remplie de rêves naïfs ? Il n'y avait qu'une seule réponse à toutes ces questions : Savannah n'était pas mieux que n'importe qui d'autre. Elle n'était pas spécialement intelligente, pas particulièrement belle, pas très sociable, et finalement assez peu attachante. Même les gens qui l'appréciaient aller chercher la perfection ailleurs, parce qu'elle n'était pas capable de la leur offrir. « Ça... ça sert à rien d'insister... » répondit donc la médicomage à son ami, fixant ses pieds en rougissant sous l'insistance de Chen. Tu te sens obligé de me dire ça parce que je t'ai offert un minable gâteau, un soir où tu en avais besoin, pensait-elle en son for intérieur sans oser le formuler. N'importe qui aurait fait de même, je suis n'importe qui, n'insiste pas. Voilà ce qu'elle voulait lui dire alors qu'elle n'osait même pas relever son regard bleuté vers le professeur. Alors, elle n'ajouta rien à ce sujet, il finirait bien par passer, et la lubie de Chen de la complimenter avec. Même si elle lui était entièrement redevable de vouloir la valoriser, c'était quelque chose qu'elle n'était pas prête d'accepter. Alors, changer de sujet... et le demander en mariage. C'est le silence qui suivit qui la fit lever les yeux vers son ami, alors qu'elle remarquait un air tendu sur son visage. Voilà, voilà pourquoi elle ferait mieux de ne pas parler la moitié des fois où elle le faisait. Elle enchainait gaffes sur gaffes ; et cette situation en était l'exemple parfait. Celui qu'il aimait aller épouser son ex-femme. Et elle, Savannah Dawkins, reine de la subtilité, que faisait-elle ? Bah devinez. Elle lui parlait de mariage, et plus particulièrement d'épouser une autre femme, encore une fois. Haha. Combo de la gaffe. Figée en réalisant l'ampleur de ses paroles, Savannah sentit à peine la main de Chen se serrer sur sa cuisse. Elle le regardait, complétement perdue. Comment pouvait-elle se rattraper ? Elle ne pouvait pas. Elle n'avait qu'une solution : se lever, courir, rentrer chez elle, trouver une parade, s'excuser, lui écrire, ne plus jamais le revoir. Elle n'était même pas capable d'entretenir une amitié avec décence, voilà tout. Mais non, elle ne pouvait pas se lever. Car, rappelons-le, elle était à peu près sûre d'avoir de l'eau sur les fesses. « Ce serait un honneur, miss Dawkins » entendit-elle de la voix de Chen alors qu'elle voyait ses lèvres bouger. « Mais je prends le pari que cela n’arrivera pas et qu’un homme, beaucoup plus jeune, plus beau et plus hétérosexuel que moi viendra vous ravir à mes bras bien avant cela ! » Et voilà qu'il la prenait au dépourvu. Je n'ai pas besoin d'un hétérosexuel ou d'un gamin, pensait-elle malgré elle. J'ai besoin de moi qui veuille bien de moi comme je suis. Elle avait envie de le faire taire. Rien que de penser que quelqu'un puisse vouloir d'elle de la sorte lui retournait l'estomac. Parce que ça relevait de la science-fiction, parce qu'il n'y avait qu'à voir ses derniers coups de cœur pour se rendre compte qu'elle recherchait l'impossible. « Dis pas de bêtises... » glissa-t-elle alors qu'elle se remettait à penser à Iordan bien malgré elle. « T'es jeune et beau. Je me formalise pas de ton homosexualité. C'est l'avantage de l'amitié » finit-elle par lâcher non sans avoir réfléchi à ce qu'elle pourrait répondre. « Et si y'en a de nous qui doit trouver l'amour, alors je sais d'ores et déjà que ce sera toi, et je t'en ai déjà énuméré les raisons il y a quelques mois. T'as juste pas intérêt à m'oublier pour autant, hein » ajouta-t-elle en concluant avec un petit rire, non sans se douter qu'elle touchait encore et toujours à un sujet sensible (mais là on l'excuse, elle ne s'en rendra même pas compte puisqu'elle n'est pas au courant de l'affaire en question).

La chute de la boule de glace vint les tirer à leurs pensées partagées un brin négatives. Parler de l'avenir pouvait être un remède de choc au passé qui les tourmentait encore, mais dans le cas présent, Savannah avait l'impression que l'on insistait sur les tous les domaines dans lesquels elle échouait -à savoir tous, en fait, puisque même dans son métier, elle essuyait un échec cuisant depuis la fameuse nuit. Mais malgré le suicide de la boule de glace qui aurait pu détourner la conversation vers quelque chose de plus naïf, c'est la médicomage qui la relança sur le doux chemin des lycans. « Il n’y a pas de merci qui tienne. J’ai été présent pour toi autant que tu l’as été pour moi, et c’était un cadeau sans prix. » Alors que les yeux de blonde commençaient doucement à se remplir de larmes, son bras libre passa derrière le dos de son ami et elle enfouit son visage dans le creux de son cou. « Tu m'as manqué, si tu savais... » Mais regrettant aussitôt son geste peut-être trop brusque ou trop osé -elle n'avait jamais été trop tactile ; des réminiscences de ses jeunes années, sans doute-, la blonde se retira de son étreinte pour croquer dans son cornet de glace, l'air de rien, en proposant à Chen de venir goûter ses essais culinaires. « Dis-moi quand, et je serai là. Tu sais que je suis fou de tout ce que tu cuisines … mais après, tu risques de ne plus te débarrasser de moi ! » Touchée et émue, Savannah pencha la tête sur le côté en répondant : « Surtout si une de mes recettes s'avère toxique. Je me préparerai à intervenir en cas d'urgence, t'inquiètes pas. » Finissant son cornet de glace d'une bouchée, elle finit par lui demander s'il venait au bal organisé par l'école. « Oui, une de mes étudiantes, Opium Blackwood, je ne sais pas si tu la connais, a sollicité ma présence à ses côtés … comment refuser ? » Acquiesçant en mâchant son cornet en biscuit, Savannah approuva : « Chi, chi, che vois qui ch'est ! Chu vas donc afoir un rendez-vous avec une élèfe ? Che chuis chalouse. » Avec un sourire amusé, elle finit par déglutir la bouillie biscuiteuse. « Est-ce que j’ai une chance de t’y voir et de te voler plusieurs danses ? Ou as-tu un cavalier qui va te faire valser toute la nuit ? » se tourna-t-il vers elle. Haussant les épaules, la médicomage répondit l'évident : « T'es bête, bien sûr qu'on pourra danser tout ce que tu veux. Comme si je pouvais venir avec... » Iordan. « ... quelqu'un. » Son regard se déporta pendant quelques instants de Chen au bar le plus fréquenté de l'archipel, qui se tenait derrière lui, plus loin. « Par contre je t’avoue ne pas avoir prévu de costume … » Que... quoi ? C'était la partie la plus marrante, la préparation ! Parce qu'elle le savait, le lendemain, il y aurait peu de chances que quelqu'un daigne passer la soirée avec elle à plein temps... L'avantage d'être l'une des seules célibataires de l'île. « T'aimes pas ça, les déguisements ? T'as qu'à te déguiser en prince, je suis sûre que ça serait parfait sur un bel homme comme toi ! » Puis elle se souvint qu'elle viendrait en princesse et que ça pourrait paraître... tendancieux qu'elle lui propose un tel costume. « ... ou alors, t'as qu'à venir en toi. T'es parfait, en toi. Sincère, beau, attentionné... T'es de ces mecs dont nous, les femmes, on n'est même plus sûres que vous existez. T'es comme une licorne ! Ou un pokémon qui a atteint sa plus haute évolution. Alors je vois pas ce que tu peux rêver d'être de mieux. Viens en toi ! »

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    Letting everyone down would
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MessageSujet: Re: {{ One's never better than two {feat Chen ♥}   Sam 3 Aoû - 16:41

Respirer par le nez et apprécier le moment présent, voilà deux choses que je n’avais pas faites depuis longtemps. Pas si longtemps que cela, au final, j’étais parvenu à passer un été plutôt agréable, magré quelques cauchemars au goût amer de culpabilité qui étaient venus me rendre visite parfois. Mais ces quelques jours m’avaient paru une éternité, revenir dans mon ancien costume taillé sur mesure par un grand couturier n’était au final pas de tout repos. Ce voyage vers le passé était plus fatiguant que ce qu’avait été mon périple dans la Cordillère des Andes, c’était dire ! Mais comment pouvais-je envisager de me plaindre alors que le soleil brillait, que j’avais un sac plein de friandises et que l’une des personnes qui j’appréciais le plus au monde était à mes côtés, en pleine forme physique à défaut d’autre chose ? Nous étions vivants et c’était ce qui devait compter. Nous ne pouvions malheureusement rien changer au reste. Bien sûr, il était facile d’avoir des pensées positives dehors, accompagné et en plein milieu de l’agitation. Mais ne fallait-il pas justement profiter de ce moment privilégié pour rattraper le temps perdu et faire un pied de nez aux idées noires ? C’était ce que je me disais, en savourant le moment aux côtés de Savannah et en lui proposant de renouveler l’expérience pas plus tard que le soir même. Pourquoi attendre ? Nous n’avions déjà que trop attendu, n’ayant rien fait ensemble depuis le début de l’année ! J’étais décidément impardonnable et allais tout faire pour me rattraper aux yeux de mon amie. Je sentais que j’aurais dû me manifester avant, qu’elle devait, avec sa gentillesse et cons altruisme habituels, porter le malheur qui s’était abattu sur l’école sur ses frêles et pourtant fermes épaules et que j’aurais dû être à ses côtés à chaque moment. Je l’avais été, juste après le drame, où nous avions regardé le Roi Lion et les 101 Dalmatiens, pour ne nommer que ceux-ci, mais ce n’était pas suffisant. Viens pas trop tôt, je retenterai ma dernière recette de muffins, Un sourire goumand se dessina sur mes lèvres alors que ke glissai : Si tu en appelles à ma gourmandise, je ne réponds plus de rien ! Voilà, n’étais-je pas le plus heureux et le plus gâté des hommes, en ce jour ? Que vouloir de plus, je vous le demandais ?On mettra de côté tout régime aujourd'hui, soyons bien d'accord. Réquoi ? protestai-je en prenant l’air de quelqu’un qui aurais dit « du Mucus de Véracrasse ? », Je suis totalement contre et ce n’est pas comme si ni l’un ni l’autre, nous en avions besoin. Je souris, de bonheur, voulant que cet instant se prolonge infiniment. Enfin, celui que nous nous préparions était plutôt délectable également, alors je consentais à le laisser filer seulement pour mieux goûter à celui d’après. Même si nous étions loin d’en avoir fini pour l’après-midi en cours.

Nous avions beaucoup de choses à rattraper, notamment mes avalanches de compliments habituelles. Elle n’allait certainement pas y couper, malgré l’ardeur qu’elle mettait à se défendre de mériter une seule parcelle de ce que je disais. Qu’on ne me la fasse pas à moi ! Le célibat de cette gracieuse femme était pour moi un mystère aussi insolvable que celui du vocabulaire et de la grammaire exotiques de Moundir, et je m’employais tant bien que mal, à chacune de nos rencontres, de redonner sourire et confiance en elle à miss Dawkins, ce qui semblait mission impossible. Mais les Irlandais n’étaient pas réputés pour leur sale caractère et leur ténacité pour rien, qu’on se le dise ! Ça... ça sert à rien d'insister... C’est ce que je vois, et cela me désole, observais-je, notant son regard sur ses chaussures et la couleur pourpre de ses joues. Il fallait pourtant que j’essaie, que je perce le mystère qui entourait Savannah. Pourquoi, au nom du Ciel, une beauté et une gentillesse ainsi qu’une brillance pareilles n’étaient pas reconnues ? Sans compter ses taents de cuisinière, il ne pouvait exister un homme sur cette Terre qui se serait enfui après avoir goûté l’une de ses somptueuses créations … Non, pour moi, il y avait un problème et j’étais bien décidé à le résoudre, même si j’ignorais encore comment m’y prendre, me contentant pour l’instant de compliments à n’en plus finir. Mais je fins par me demander si je ne faisais pas plus de mal que de bien. Mais je m’en veux de te mettre aussi mal à l’aise, aussi me tairais-je à l’avenir. Ou au moins pour aujourd’hui, ajoutais-je après une brève pause, le temps pour moi de lui prendre la main. Mais j’espère que je suis tout de même autorisé à ne pas en penser moins. Je l’aurais évidemment fait même sans son consentement, mais je voulais tout de même bien revoir ma façon de m’y prendre. Il aurait peut-être fallu que je lui trouve un bon parti et … Arthur ? Pourquoi pas. Mon cousin n’était pas un modèle de … je ne souhaitas pas m’étendre sur le sujet. Pourquoi pas… Peut-être. Cela allait être une des choses auxquelles j’allais m’employer à réfléchir dans les jours à venir. Cela aurait au moins le mérite de m’occuper l’esprit, et peut-être en sortirait-il quelque chose de positif ?

Et dans le cas contraire, nous pourrions nous marier. Ce n’était pas quelque chose que je lançais à la légère, même si elle l’avait sans doute dit sur le ton de l’humour. Pourquoi pas ? Je ne pensais pas la rendre heureuse comme un « vrai » mari l’aurait fait, mais j’aurais fait en tous cas mon possible … Dieu que c’était malsain, je n’allais pas remettre les pieds là-dedans. Elle méritait amplement mieux qu’une union avec quelqu’un d’incapable de la satisfaire complètement. Il me fallait arrêter d’avoir de telles pensées. Lovleen n’était certes pas traumatisée, mais elle serait éminemment mieux avec son futur époux, il n’y avait pas lieu d’en douter. Alors au pire, je trouverais un moyen pour qu’Arthur et elle tombent follement amoureux l’un de l’autre, dus-je forcer le destin pour cela, mais Princesse Savannah aurait droit à son conte de fées en bonne et due forme, je m’en faisais un devoir. Dis pas de bêtises... T'es jeune et beau. Je me formalise pas de ton homosexualité. C'est l'avantage de l'amitié. Tu t’en formaliserais si nous étions mar… Et si y'en a de nous qui doit trouver l'amour, alors je sais d'ores et déjà que ce sera toi, et je t'en ai déjà énuméré les raisons il y a quelques mois. T'as juste pas intérêt à m'oublier pour autant, hein. Elle m’interrompit dans mon plaidoyer sans le vouloir en appuyant sur un endroit particulièrement sensible. J’ouvrais la bouche et la refermai, superbe imitation d’un mérou au passage, avant de retirer ma main d’elle pour la fixer, elle et sa jumelle, une étincelle de douleur finissant par transparaître au fond de mon regard. Non, Savy. L’amour, ce n’est pas pour moi. Je vais arrêter de le chercher, de le trouver. Ma gorge était nouée. Je ne lui en avais pas parlé, évidemment, vu les circonstances dans lesquelles cela s’était déroulé. Et il n’était pas vraiment question de le faire étant donné l’autre personne impliquée. Je ne savais pas si j’aurais la force de lui raconter tout, de me confier à elle sur ... ce qu’il avait fini par faire. La blessure était trop fraîche et trop douloureuse. Je me contentai donc d’un sourire résigné avant de tourner la tête pour la regarder dans les yeux : Alors poursuis la quête de l’amour pour nous deux. Tu réussiras. Pour moi … je déclarai forfait. Cela valait mieux.

Heureusement qu’un événement impromptu nous tira de ce mauvais pas au niveau de a conversation. Moi qui m’étais dit quelques minutes auparavant qu’il fallait cultiver des pensées positives, voilà que je retombais dans l’abattement, ou en tous cas dans l’amertume ! Non ! Assez ! Hilarité puis une simple affirmation m’arrêtèrent sur cette pente savonneuse : Tu m'as manqué, si tu savais... Tu m’as manqué aussi, Savy murmurai-je en appuyant doucement ma main sur l’arrière de son crâne. Mais elle se retira rapidement, alors que je n’aurais pas été contre un câlin. Je me rattrapai quand elle parla de m’empoisonner. Avec un petit rire, je l’attirai de nouveau contre moi et dis-je pompeusement : Mourir de votre main, je n’imagine pas une mort plus douce, madame, avant de rire et de reprendre : Je suis prêt à prendre le risque ! Je suis en de bonnes mains ! Heureux que l’ambiance soit devenue plus légère, je souriais largement. Il en fallait effectivement peu pour être heureux ! Et pour continuer sur cette note joyeuse, nous évoquâmes les festivités à venir, qui allait faire du bien à tout le monde, il fallait l’espérer ! Chi, chi, che vois qui ch'est ! Chu vas donc afoir un rendez-vous avec une élèfe ? Che chuis chalouse. Je ris avant de prendre un air piteux : Je suis désolé, je n’avais pas prévu d’y aller, sinon je t’aurais bien évidemment invité. On peut dire qu’elle m’a un peu forcé à sortir de ma tanière, notai-je avec humour. Heureusement, d’ailleurs, au moins, je ne broyais plus du noir. Mais peut-être avait-elle elle-même un cavalier, enfin … T'es bête, bien sûr qu'on pourra danser tout ce que tu veux. Comme si je pouvais venir avec... quelqu'un. Je remarquai son hésitation et fronçai les sourcils, essayant de voir ce qu’elle regardait sans y parvenir : Comment ça ? Y aurait-il un prince dont je ne connaîtrais pas l’identité dans cette histoire ? Miss Dawkins, oseriez-vous me faire des cachotteries ? J’étais certes, très mal placé pour parler, mais rien ne m’empêchait de m’intéresser à la vie amoureuse de mon amie … y aurait-il enfin ce que je lui promettais par mes compliments empressés dans l’air ?

T'aimes pas ça, les déguisements ? T'as qu'à te déguiser en prince, je suis sûre que ça serait parfait sur un bel homme comme toi ! J’éclatai de rire, haussant les épaules. Il n’y avait malheureusement pas plus cliché pour un homosexuel et je n’en avais pas spécialement envie. Mais j’appréciais l’attention. ... ou alors, t'as qu'à venir en toi. T'es parfait, en toi. Sincère, beau, attentionné... T'es de ces mecs dont nous, les femmes, on n'est même plus sûres que vous existez. T'es comme une licorne ! Ou un pokémon qui a atteint sa plus haute évolution. Alors je vois pas ce que tu peux rêver d'être de mieux. Viens en toi ! Et c’est le moment où je ne peux pas refuser tes compliments parce que ce serait hypocrite de ma part de te forcer la main avec les miens ? m’amusais-je. Je ne sais pas ce qu’est un pokémon, mais merci, je suppose. Venir en licorne pourrait être amusant, mais … je vais peut-être venir en moi. Juste parce que je me suis battu trop longtemps pour être qui je suis pour vouloir être quelqu’un d’autre. Etait-ce un peu prétentieux ? Pas du tout. En revanche, c’était bel et bien une pique pour quelqu’un qui ne pouvait pas l’entendre … mais qu’en aurait-il eu à faire, de toutes les manières ? Pas grand-chose et cela me désolait, je devais bien l’avouer. Au moins, comme ça, tu n’auras pas à me chercher trop longtemps ! Je ne sais juste pas ce que ma cavalière va porter, j’aurais peut-être dû faire un effort et lui proposer quelque chose … je t’avoue qu’effectivement, je ne suis pas très doué en costumes, remarquais-je. M’être déguisé en hétérosexuel requin pendant toutes ces années m’avait sans doute suffi. En tous cas, je suis certain que tu feras une princesse magnifique … Et j’étais sérieux : La reine des pâtisseries ! Et si je trouvais des bijoux en forme de gâteaux à lui offrir ? Ce serait sans doute du plus bel effet, et avec elle quand je ne pourrais pas l’être. Une idée bien tentante … Ton costume est-il complet? m'enquis-je innocemment.

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MessageSujet: Re: {{ One's never better than two {feat Chen ♥}   Mar 6 Aoû - 17:48



Savannah n'avait jamais prétendu détenir les clés de la perfection, loin de là. Elle avait toujours douté d'elle-même, de ses capacités, et même de la moindre de ses idées, et tout ça s'était encore renforcé davantage lorsqu'elle avait essuyé l'échec de l'école d'auror ; échec qui l'avait blessée dans ses convictions de l'époque, mais qui avait également laissé une trace indélébile sur son corps, sous la forme d'une trainée blanchâtre sur son bas-ventre. Elle s'était relevée, pourtant. Elle avait trouvé une manière détournée de poursuivre sa vocation, qui était d'aider et de sauver les autres, connus ou inconnus. C'était pour ces raisons précises qu'elle avait donc entrepris des études de médicomagie, qu'elle s'était battue pour intégrer l'école de Juneau et pendant chacune de ses années d'étude. C'était pour ces raisons qu'elle s'était efforcée d'être la meilleure, parce qu'elle ne supporterait pas de faire les choses à moitié, et d'être juste bonne dans ce qui, à présent, représentait son avenir, ses rêves et ses espoirs. La médicomagie, au-delà de lui avoir redonné un but dans la vie, avait été pour elle une révélation : pas besoin de se battre, pas besoin de risquer sa vie pour sauver celle des autres. Et si elle réussissait dans cette branche, si elle était ressortie majore de sa promotion et que la directrice de son école l'avait personnellement invitée à passer le concours pour occuper l'unique poste de médicomage qui s'offrait dans le cadre de la nouvelle école de magie qui ouvrait, c'était parce qu'elle aimait ce qu'elle faisait. C'était parce que cela lui avait permis de mettre à profit ce qui, à Salem, l'avait plus desservie que le contraire. Réfléchir, se tordre les méninges, apprendre, découvrir, passer des heures dans les bouquins... C'est ce à quoi elle avait toujours aspiré. Et elle s'était donnée au maximum pour atteindre ses objectifs : au-delà d'être la meilleure pour maximiser ses chances d'atteindre le but qu'elle s'était fixé d'agir sur le plus de vies possibles, ce qu'elle voulait, c'était aider. Sauver, même si c'était un bien grand mot. Pas forcément remettre ses intestins dans le ventre quelqu'un qui s'était approché trop près d'un dragon, non. Elle se moquait du pourquoi du comment. Si elle arrachait un sourire à quelqu'un qui venait de traverser une épreuve tragique, ça lui apporterait la même satisfaction que si elle sauvait la main d'un pianiste. Et c'était pour toutes ces raisons qu'elle s'était acharnée pendant ces longues études, qu'elle s'était relevée après son échec en tant qu'auror, qu'elle s'était battue pour obtenir ce poste. Mais ces fondements mêmes de ses croyances étaient les mêmes qui l'avaient faite sombrer aux aurores, après cette nuit meurtrière, lorsqu'elle avait rejoint l'infirmerie pour constater l'ampleur des dégâts. Elle avait failli au devoir qu'elle s'était imposé, à ses convictions les plus profondes et à ses rêves. Tout cela avait volé en éclat lorsqu'elle n'avait pu que constater le nombre de décès, impuissante et coupable. En une seule nuit, une nuit où elle s'était accordée, plus ou moins malgré elle, un peu de temps, tout avait collapsé. Et pour quoi ? Pour rien, très probablement. Elle aurait du fuir lorsqu'il en avait été temps, lorsqu'elle aurait pu faire quelque chose. Et pas rester dans ce bar, sous prétexte que... que quoi, exactement ? Sa présence n'avait servi à rien. Rien ne s'était passé. Elle s'était juste contentée de la présence du serveur, et c'était peut-être sa plus grande erreur... Elle qui avait mis de côté sa vie personnelle pendant des années pour aider ceux qui se présentaient à elle, venait de perdre toute cette satisfaction qu'elle avait accumulée tant bien que mal. Si elle était restée au pub, c'était pour elle-même. Ça avait été un geste égoïste, et voilà quelles en étaient les conséquences. Des dizaines de morts, dont certaines auraient probablement pu être évitées. Que faisait-elle lorsque le jeune troisième année qui était venu lui demander sa recette de cookies quelques semaines plus tôt s'était éteint ? Que faisait-elle lorsque Fedor était débordé, perdu ? Et bien, elle rêvait, la tête posée sur l'épaule de celui pour lequel elle ne serait probablement jamais rien de plus qu'une vague connaissance à qui il avait déclaré sa flamme sous les effets d'une potion étrange. Voilà le résumé des pensées qui la hantaient depuis des mois : elle n'avait pas pu aider, parce qu'elle avait préféré succomber à un rêve impossible. Et la culpabilité l'avait rongée à chaque instant, à tel point qu'elle n'était pas retournée dans sa famille, et qu'elle avait hésité à remettre le pieds ici. Y avait-elle encore seulement sa place ? Elle avait honte. Elle ne pourrait jamais prétendre que rien ne s'était passé. Parce qu'elle avait perdu son ami Gregori Di Marco, parce qu'elle avait perdu le peu de confiance en elle qu'elle avait réussi à acquérir en plus de dix ans. C'était pire encore, largement pire, que lorsqu'elle s'était réveillée à l'hôpital après son fiasco en tant qu'auror. Cette cicatrice là, elle s'en moquait. Cette marque qui resterait à vie sur son ventre ne représentait rien par rapport à cette blessure gigantesque qui était apparue cette nuit-là. Elle n'avait que faire de cet épisode de sa vie, puisqu'elle avait su rebondir, comme après le décès de Lauren. Ces épreuves l'avaient faite avancer. Mais cette fois, c'était différent. Elle se sentait arrivée à bout de course. Tout ce qu'elle avait bâti pendant des années s'était écroulé. Comment pouvait-elle y faire face ? Fedor lui-même ne semblait pas s'en relever, et c'était une raison de plus qui accentuait son sentiment d'impuissance, de culpabilité et de mal-être. Mais elle ne pouvait pas prétendre être une victime dans cette histoire. Elle était coupable, à élever au même rang que meurtrière, et cette seule pensée la réveillait chaque nuit. Si elle avait perdu un ami et des connaissances qui avaient fait son bonheur chaque jour passé sur cet archipel, d'autres avaient perdu un mari, un père, un frère... Quand bien même elle se serait trouvée innocente, comment pouvait-elle rivaliser avec tout cela ? C'était à la limite du tolérable. Tous ces sentiments qui se mélangeaient pour donner une atmosphère irrespirable, c'était étouffant, et elle ne pouvait rien y faire. Elle n'était pas à plaindre... non, elle était tout le contraire. Elle était à blâmer. Elle avait été fautive de A à Z. Elle n'avait pas tout donné. Elle aurait préféré périr en sachant qu'elle avait tout donné...

Et tout cela, elle n'en avait parlé à personne, bien entendu. Et elle ne comptait pas le faire. Mais lorsqu'elle avait reconnu son ami, quelques instants plu tôt, c'était comme si ses soucis avaient disparu. Un peu comme si rien n'avait existé, il avait tout éclipsé. Comme avant, c'était comme avant. Elle profitait alors des rayons du soleil qui caressaient sa peau, comme si avaient été trop faibles avant l'apparition de Chen. « Si tu en appelles à ma gourmandise, je ne réponds plus de rien ! » disait-il, alors qu'elle réalisait doucement qu'il lui avait manqué plus encore qu'elle ne le pensait. Oh, elle aurait pleuré dans ses bras à de trop nombreuses reprises, si elle s'était autorisée à le joindre pendant les vacances, et maintenant encore. « C'est toi qui vois, » glissa-t-elle non sans imaginer la pression qui reposerait sur ses épaules s'il la regardait cuisiner. « Sache juste que jsuis maladroite et que c'est dangereux de rester à côté de moi quand c'est chaud ». Marquant une pause, elle écarquilla les yeux avant de préciser, gênée et pressée de rétablir la vérité : « Quand le four est chaud. Et les plats, jveux dire ». Elle se sentait rougir, mais il était alors question de régimes. « Réquoi ? Je suis totalement contre et ce n’est pas comme si ni l’un ni l’autre, nous en avions besoin. » Souriant et creusant ainsi ses petites fossettes, Savannah ne put s'empêcher de se souvenir de cette période de sa vie où des kilos en trop venaient la pourrir. Elle avait quand même bien évolué, depuis le temps... Quelque chose qui ne resterait peut-être pas, après tout, si elle se réfugiait de son chagrin et de sa culpabilité dans ses pâtisseries. « C'est facile à dire, pour un homme » gloussa-t-elle non sans imaginer les vergetures qui lui restaient de l'époque où les bourrelets accompagnaient à merveille ses lunettes et sa timidité maladive. « En tout cas, là c'est clair que les régimes n'auront pas de beaux jours devant eux avec nous » ajouta-t-elle en haussant les épaules, un sourire en coin. Et Chen ne semblait pas prêt d'oublier ces quelques mots qui la mettaient toujours dans cette position inconfortable, celle de la jeune femme complimentée. Il était le seul de son entourage à être aussi tenace, et quelque part, Savannah lui était incroyablement redevable de vouloir l'aider à remonter son estime d'elle-même. C'était grâce à Lauren, à l'époque, tout aussi tenace, qu'elle avait évolué et appris à s'accepter au moins un peu plus. « C’est ce que je vois, et cela me désole, » répondit-il à sa gêne, alors qu'elle lui jeta un regard intimidé, comme si elle venait de se faire réprimander, avant de fixer le sol. « Mais je m’en veux de te mettre aussi mal à l’aise, aussi me tairais-je à l’avenir. Ou au moins pour aujourd’hui », ajouta-t-il alors qu'elle leva les yeux vers lui, redevable. « Merci, Chen » lui accorda-t-elle alors qu'elle n'avait qu'une envie, celle de se jeter dans les bras pour... eh bien, fallait-il réellement une raison ? Car il y en avait tellement de possibles qu'elle ne savait pas elle-même laquelle primait à ce moment-là. C'est cependant lui qui afficha une marque d'affection en prenant sa main. « Mais j’espère que je suis tout de même autorisé à ne pas en penser moins. » Oh, c'était donc comme ça qu'il arrêtait... Souriant, gênée, Savannah ne put, cette fois, s'empêcher de le fixer, le regard pétillant. Elle serra sa main dans la sienne avant de lui répondre : « c'est dangereux d'interdire à quiconque de penser ce qu'il pense ». Et elle pencha la tête sur le côté pour ajouter : « T'es gentil, Chen, je sais pas ce que j'ai fait pour mériter un ami comme toi... » Et elle se tut, laissant sa phrase en suspens, happée par ces pensées noires qui l'avaient tourmentées depuis ces trop longs mois. Chassant ses idées d'un revers de main, la voilà qui affichait à nouveau un petit sourire, de ces sourires réservés au amis, aux seules personnes capables de les faire apparaître. Bientôt, les voilà qui parlaient de mariage, et Savannah s'imaginait déjà le jour de leur mariage où ils se jureraient fidélité et compagnie... le rêve d'une belle amitié, en somme. « Tu t’en formaliserais si nous étions mar… » commençait-il à répliquer alors qu'elle l'interrompit pour lui expliquer que, de toute manière, elle ne s'en faisait pas le moins du monde pour lui. C'était le même discours qu'elle lui avait tenu au tout début de leur amitié, et quelles en étaient les raisons ? Elle était intimement convaincue que Chen était de ces hommes qui ne pouvaient que finir heureux. Parce que c'était comme ça que la vie fonctionnait : parce que si on vivait quelque chose de mauvais, c'était pour mieux rebondir ensuite. Et lorsque Chen avait vécu ce qu'il avait vécu avec Declan, ça avait été la partie moche. C'était que le meilleur restait à venir... Cette manière de penser semblait incompatible avec sa vision de la vie actuelle, et pourtant, lorsque cela concernait Chen, elle ne doutait de rien. Elle aurait bien tenté de faire de la divination pour lui prouver son point, mais... elle aurait sans doute échoué -elle n'avait jamais été particulièrement douée en la matière. Elle finit cependant par réaliser qu'il parlait sans doute de... de... sexe, lorsqu'il avait mentionné les limites de son homosexualité, mais elle ne voulait pas répliquer. Que lui dire ? Je n'ai pas eu de rapports intimes depuis les dix-sept ans, coucou, je suis de nouveau vierge depuis le temps ! Non, ça ne se disait pas, même à un de ses plus proches amis. Elle préférait elle-même nier la chose, tout comme nier le fait qu'elle n'avait connu qu'un homme. Plus le temps passait, plus elle se disait que l'amour, cet amour-là, n'était pas pour elle... « Non, Savy. L’amour, ce n’est pas pour moi. Je vais arrêter de le chercher, de le trouver. Alors poursuis la quête de l’amour pour nous deux. Tu réussiras. » dit-il finalement, retirant sa main, la fixant, les yeux amplis de larmes. « Non, non... » fut tout ce qu'elle trouva à dire, se sentant, encore une fois, parfaitement inutile. C'est donc elle qui, cette fois, attrapa sa main, se tourna vers lui -faisant attention au passage de ne pas tomber dans le bassin de la fontaine- et le fixa de ses grands yeux bleus. « Ecoute-moi, Chen. Peu importe ce mur auquel tu as fait face, tu trouveras chaussure à ton pied. Parce que quand deux personnes sont destinées à finir ensemble, elles finissent ensemble, quoi qu'il arrive. Declan était pas cette personne, et un autre homme te fera sentir comme il le faisait. Et il partagera ces sentiments, et c'est le plus important. Tu trouveras l'amour, Charles-Henri O'Connor. » Quant à elle ? Elle préférait ne pas en parler. Vraiment pas.

POUF, fit la boule de glace qui s'éclata sur le sol pavé de la placette. Snif, faisait Savannah dans le cou de son ami, reniflant à la fois du bonheur de cette amitié retrouvée, et du poids de la culpabilité qui l'écrasait depuis des mois. Pfgnééné, fit le rire de la blonde lorsqu'il accepta de mourir si elle en était la cause. « Mademoiselle », rectifia-t-elle tout de même. « Je suis prêt à prendre le risque ! Je suis en de bonnes mains ! » Étonnée, Savannah regarda ses mains, écartant les doigts pour avoir une meilleure vue. « Lesquelles ? Les miennes ? », pouffa-t-elle avant que ces fameuses mains ne portent le cornet de glace survivant à sa bouche pour qu'elle puisse y croquer en demandant des précisions concernant le bal qui se rapprochait. « Je suis désolé, je n’avais pas prévu d’y aller, sinon je t’aurais bien évidemment invité. On peut dire qu’elle m’a un peu forcé à sortir de ma tanière ». Savannah sourit, haussant un sourcil en aspirant un morceau de biscuit -ce qui donnait une image assez magnifique, il fallait bien l'avouer. « Tant que tu m'oublies pas, je t'en veux pas... trop », répliqua-t-elle avec un air malicieux. Avant de parler de son non-date... et de laisser son regard s'échapper quelques secondes. Quelques secondes qui suffirent amplement à Chen. « Comment ça ? Y aurait-il un prince dont je ne connaîtrais pas l’identité dans cette histoire ? Miss Dawkins, oseriez-vous me faire des cachotteries ? » Et pouf, le regard de nouveau fixé sur son ami. Non, non, non, elle ne cachait rien, il n'y avait rien à cacher. « Je, heu... regardais juste le Gerry's... » hésitait-elle en cherchant une raison qui ne commençait pas par Ior- pour finir par -dan. « ... parce que j'ai, heu... cru voir... heu... peu importe » évinça-t-elle finalement en espérant que le tout n'avait pas l'air trop suspect, ne pouvant cependant s'empêcher d'en douter fortement. S'ils s'étaient écrits presque tout l'été avec Iordan Nevdokiev, elle ne pouvait malgré tout pas se permettre d'espérer l'impossible. Comment un serveur qui faisait tomber toutes les filles pourrait-il vouloir d'elle ? C'était comme demander à un enfant de se contenter de haricots verts quand un beau forêt noire trônait au milieu de la table. Et, de plus, les lettres s'étaient de plus en plus espacées... Que pouvait-il y avoir à espérer, hein ? Oh, pas grand chose. Et pourtant, quelque part, Savannah rêvait encore à ces beaux yeux bleus qui l'avaient faite chavirer en un battement de cils. Un plaisir bête, un plaisir fou, et un plaisir coupable, aussi. Car elle essayait tant bien que mal de retenir la leçon : penser à elle ne lui apporterait pas de bien. Sa vie, elle la dévouait aux autres, et ça la rendait heureuse. Autant s'en contenter, tout du moins, lorsqu'elle y arrivait... Car elle n'arrivait pas à se relever de l'epic fail qu'elle avait essuyé trois mois auparavant.

Et l'école, justement, pour contrer toutes ces idées noires omniprésentes dans l'archipel, avait organisé un bal. Pour reprendre sur de nouvelles bases, profiter les uns des autres. Essayer de vivre, malgré tout. Et voilà vers quoi la conversation avec son ami avait dévié. « Et c’est le moment où je ne peux pas refuser tes compliments parce que ce serait hypocrite de ma part de te forcer la main avec les miens ? » répliqua-t-il lorsqu'elle lui proposa de se déguiser en lui-même. Elle pointa un index menaçant vers lui, cherchant de quoi contrer, avant de simplement répondre, fière d'elle : « Voilà, c'est ce moment-là ! » Mais déjà, Chen continuait. Les déguisements ! « Je ne sais pas ce qu’est un pokémon, mais merci, je suppose. » Haussant un sourcil à l'idée de lui faire découvrir les petites bêtes dans un avenir proche, Savannah ne put s'empêcher de glousser à ce qui suivit. « Venir en licorne pourrait être amusant, mais … je vais peut-être venir en moi. Juste parce que je me suis battu trop longtemps pour être qui je suis pour vouloir être quelqu’un d’autre. » Avec un mouvement de tête fier et un petit sourire, la blonde accueillit l'idée avec joie. « Voilà, j'aime cet état d'esprit ! Sois fière d'être toi ! C'est toujours la plus belle version de toi-même... » Passant la main dans ses cheveux, ravie des paroles de son amie, Savannah écouta celui-ci continuer son argumentation. « Au moins, comme ça, tu n’auras pas à me chercher trop longtemps ! Je ne sais juste pas ce que ma cavalière va porter, j’aurais peut-être dû faire un effort et lui proposer quelque chose … je t’avoue qu’effectivement, je ne suis pas très doué en costumes » L'américaine pencha la tête sur le côté en répondant aussitôt : « C'est l'argument imparable qui fonctionne pour une taupe myope comme moi ! » Gloussant, elle ajouta : « Et t'en fais pas pour ta cavalière. Le plus important, c'est la personne avec qui tu es... » Ne pas regarder le pub, ne pas regarder le pub... Y aller seule, c'était sympa, aussi. Elle espérait juste trouver une parade rapidement pour ne pas se languir de compagnie près du buffet. Buffet devant lequel, elle le savait, elle serait bien trop faible pour l'état de sa ligne. Bon, ok, elle venait de jeter un coup d’œil au pub. Mais très rapide. Qui aurait pu passer pour un petit AVC sans soucis. Mais pour sa défense, elle avait vu quelqu'un en sortir, et elle était juste curieuse de savoir de qui il pouvait s'agir. Par pure curiosité, tout à fait. Par pure curiosité... En tous cas, je suis certain que tu feras une princesse magnifique … La reine des pâtisseries ! la coupa-t-il dans sa culpabilité. Elle ne put s'empêcher de sourire en s'imaginant avec un chapeau en religieuse. « C'est Julia qui se charge des pâtisseries, ça marche pas. Je serai juste reine de... » L'infirmerie ? Non, elle n'était plus rien, même à l'infirmerie. Plus qu'une place vague et officielle qu'elle occupait sans plus vraiment de convictions. « ... de ... des tueuses de glace ! » trouva-t-elle finalement comme parade en regardant la glace fondue qui coulait sur les pavés, à ses pieds. « Ton costume est-il complet ? » demanda Chen comme s'il avait une idée derrière la tête, ce qui fit hausser un sourcil interrogateur à la jeune femme. « Heu... je crois que... enfin... » Elle se mit à réfléchir à toutes les pièces qu'elle avait confectionnées, apeurée d'avoir oublié quelque chose maintenant qu'elle était persuadée d'avoir tout fini. Et s'il savait quelque chose qu'elle ne savait pas ? « je crois, enfin, je dois encore faire un petit bandeau pour mes yeux, mais je sais même pas si je le ferai... » Curieuse, elle fronça les sourcils et lui demanda, inquiète : « Pou... pourquoi ? » Et puis, dans un élan de gourmandise du à l'anxiété, elle pivota ses fesses pour se retrouver à nouveau face à son sac du Dulce Loco, posé par terre, et s'y pencha pour attraper un paquet de bonbons, qu'elle ouvrit prudemment, dans l'optique de le conserver (on ne savait jamais, si certains bonbons survivaient à son stress...). « T'en veux un ? » demanda-t-elle en tendant le paquet à son ami, enfournant une sucrerie pétillante dans sa bouche, tournant et retournant dans sa tête le plan de son déguisement. « Tu m'as rien piqué, hein ? » s'inquiéta-t-elle, repensant, cette fois aux mauvais coups de ses anciens camarades de Salem. Pas qu'elle pense que Chen soit ce genre-là... Mais simplement parce que ses anciens réflexes, comme toujours, reprenaient toujours le dessus.

_________________
    Letting everyone down would
    be my greatest unhappiness.

    "One only understands the things that one tames," said the fox. "Men have no more time to understand anything. They buy things all ready made at the shops. But there is no shop anywhere where one can buy friendship, and so men have no friends any more. If you want a friend, tame me ..."


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